Nous sommes à deux jours du second tour, la campagne officielle se termine dans quelques heures et je ne veux pas laisser passer l’occasion de donner mon point de vue légèrement à l’écart du rabâchage de la presse traditionnelle et de certains pugilats de la blogosphère.
Mais on ne peut donner un point de vue sans analyser préalablement la situation.
La première observation que je fais à la suite des résultats du premier tour de scrutin est que la ligne de partage gauche droite à laquelle nous étions habitués depuis plus d’un demi-siècle a changé de place. La droite a clarifié la position de son camp, la gauche n’en connaît plus les contours exacts du sien et, entre les deux, une clairière centriste attire les circonspects. En revanche les extrémistes de gauche - la « gauche de la gauche » comme l’appelait l’inénarrable Marie-Georges Buffet – est passée à la trappe emportant dans sa glissade le peu clairvoyant Laurent Fabius. Le folklorique José Bové devrait se souvenir de l’année 2007 comme d’une déculottée dont sa pipe de comédie ne remettra pas.
Les électeurs, beaucoup plus perspicaces que Jean-Marie Le Pen – qui ne l’est pas moins malgré ses travers irrémédiables – ont bien senti que le monde devait changer, que le fameux modèle français n’était plus qu’un obsolète et dispendieux souvenir, une harde qui ne cache plus notre misère. Ils ont massivement voté pour le changement.
La seconde observation concerne les stratégies qui ont conduit trois candidats sur un podium qui ne comporte que deux places.
Celle de Nicolas Sarkozy est très claire. Elle a été élaborée de longue date. Il a d’abord tué le Père Chirac d’autant plus en douceur que ce dernier se sentait condamné et, en expert des combats, n’a probablement pas hésité longtemps à ne pas livrer celui de trop. Il a ensuite conquit l’UMP pour libérer le terrain. Du coup il s’est retrouvé très tôt – trop tôt pensaient certains – en ordre de bataille avec armes et bagages. Il pensait à l’objectif Elysée depuis le début. Lorsqu’il a parlé de rupture c’était surtout avec les positions de Jacques Chirac et, sous entendu, avec sa politique radicale-socialiste. C’est pourquoi je trouve totalement erronées les attaques que tentent de lui porter ses opposants sur son bilan ; elles s’avèrent du reste inefficaces. Il n’assume que son bilan personnel et ni celui du Président, ni des gouvernements auxquels il a appartenu. On lui reprochait bien assez d’être le poil à gratter il y a seulement encore quelques mois. Au passage il a siphonné les électeurs du Front National, réussissant en cela ce qu’aucun autre n’avait réussi avant lui. Il faut dire que l’épouvantail Le Pen – un sous-produit du machiavélisme de Mitterrand - arrangeait bien et la droite molle et la gauche tout entière.
Ségolène Royal a eu somme toute la même intuition. Elle l’a eu probablement de façon plus évidente en constatant les dissensions de la gauche lors du référendum sur la constitution européenne. L’électorat socialiste n’était plus un bloc homogène, les aspirations des français glissaient vers la sociale démocratie. Mais alors que Nicolas Sarkozy avait fait place nette, il lui fallait d’abord gagner l’investiture de son parti. Et elle n’avait plus de père à tuer mais de nombreux fils, dont beaucoup d’hypocrites et un spectre. Son objectif était d’abord celui là et non pas, comme Nicolas Sarkozy, l’Elysée directement. À l’atteindre, elle a dépensé beaucoup de trop de forces et a perdu des troupes dans la bataille ; à l’obtenir elle s’est construit des illusions. Lorsqu’elle fut adoubée, je prétends qu’elle fut désemparée. Elle n’était pas prête pour ce combat là. Elle camoufla sous la démocratie participative son absence de préparation et arrive ce qui devait arriver : à bout d’arguments elle se lance dans l’attaque ad hominem de plus en plus violente qu’elle est de plus en plus nue.
Le troisième larron a bien compris depuis le début les mouvements tectoniques qui remuaient l’électorat. François Bayrou a très bien joué le coup. Il ne devrait pas être amer ; il est seulement arrivé trop tôt par rapport au mouvement des plaques.
Face à ce constat quelle décision prendre dimanche prochain ?
Elle me semble claire. Il faut voter Nicolas Sarkozy.
Ségolène Royal n’est pas prête ; si elle était élue, elle devrait affronter la même question que celle qui se posait à François Bayrou : avec qui gouverner ? Sûrement pas avec les vieux caciques du parti socialiste qui l’ont lâchée pour la plupart et qui ont été réfutés au moment de son investiture. Cela reviendrait à nier ce qui l’a porté sur le devant de la scène. Alors avec Bayrou ? Encore moins car les électeurs de ce dernier ne tolèreraient pas un nouvel holdup de leur voix. Il fallait qu’elle y pense avant, et même avant le premier tour. La bonne stratégie eût probablement été de constituer un nouveau parti avec lui dès les résultats du référendum sur la constitution européenne connus.
Donc je vais voter Nicolas Sarkozy sans état d’âme. En revanche je vais garder précieusement ma carte d’électeur pour les législatives. Non pas que je sois un tenant d’un « troisième tour », mais parce qu’il est indispensable que notre pays renvoie aux oubliettes de l’Histoire une gauche surannée comme il va le faire de sa droite tiédasse au profit de deux grands partis l’un libéral l’autre social-démocrate. Nous pourrons enfin avoir des alternances fondées sur le constat d’efficacité ou d’inefficacité et non plus sur des partis-pris idéologiques que seuls quelques lettrés peuvent soutenir pour la beauté de l’exercice et pour que ne meure pas le débat d’idées dont nous avons besoin mais qui ne fait pas la politique du quotidien.
Par ailleurs si nous arrivions à ce résultat nous ferions l’inestimable économie de l’obsolète et dispendieuse menace d’un référendum sur les institutions.
Enfin je trouve ridicule et dangereuse la menace proférée par Ségolène Royal d’émeutes qui pourraient suivre l’élection de Nicolas Sarkozy. Elles seraient comme toujours un drame pour les plus défavorisés et sans grandes conséquences pour les nantis. Cette inconséquence est à mettre sur le compte de sa déconvenue mais c’est indigne.
J’ai revu dernièrement une de mes clientes quelques mois après la fin d’un programme de coaching que j’ai eu plaisir à conduire avec elle. Ses objectifs de coaching avaient été atteints, elle avait même depuis changé de job à sa grande satisfaction. Tout sur son visage et dans ses propos signait qu’elle « allait bien ». Comme je savais qu’elle suivait parallèlement à son coaching des séances de thérapies de groupe, je lui ai demandé si elle continuait presque certain qu’elle me dirait que non, tant le tableau qu’elle présentait était serein. Ma surprise ne fût pas tant qu’elle me dise qu’elle continuait cette thérapie – après tout on peut largement bénéficier de travailler sur soi continûment et il n’est pas nécessaire d’aller mal pour chercher à aller mieux - mais plutôt qu’elle était déstabilisée par la découverte d’un épisode embarrassant de son histoire personnelle. Du coup, me dit elle, elle s’était mise à creuser plus profond et tâchait - en vain d’ailleurs ! - de le relier aux difficultés qu’elle avait éprouvées du temps de son programme de coaching. Intéressant. Mais lorsqu’après quelques atermoiements elle me divulgua l’épisode en question j’ai du me retenir de rire ou plutôt de me mettre en colère car l’épisode en question était d’une affligeante banalité, une affaire qui arrive à madame tout le monde assez fréquemment.
Après le temps de l’écoute et du respect de sa vision des choses, je me suis permis de lui faire prendre conscience qu’elle pouvait en avoir une différente, moins dramatique, relativisée, et je crois qu’elle m’a suivi sur ce cheminement. J’espère qu’elle continuera de travailler sur une meilleure connaissance d’elle-même mais à dose modérée !
Cette anecdote n’est pas la première que j’ai sur ce sujet. L’ensemble me rappelle également un syndrome qui m’avait prodigieusement agacé lorsque je participais à des programmes de formation au coaching. Pas de pause-café dans les séminaires sans que la majorité des participants ne confie une douleur nouvelle en relation avec le sujet qui vient d’être traité. Je l’appelle l’hypocondrie psychologique. Pour moi c’est l’état de ceux qui se découvrent à chaque occasion de réflexion sur eux-mêmes, des maladies de l’esprit et de l’âme comme l’hypocondriaque traditionnel se découvre une maladie au pronostic mortel dès qu’ils se racle la gorge, a une légère courbature ou ne se souvient plus qu’il a abusé du chocolat l’avant-veille !
Et ne comptez pas sur les professionnels pour réduire l’épidémie ! (Pas plus du reste que sur les médecins qui doivent investiguer …, au cas où !).
C’est somme toute normal en raison de la nature même de leur travail qui les confronte en permanence à des situations sérieuses. Mais allez écouter une conférence sur l’influence des événements de la petite enfance sur la formation de votre personnalité et vous vous interrogerez forcément sur la votre et peut-être en viendrez vous à douter de l’amour que vous avez reçu de vos parents même s’il n’y a pas lieu. Un mauvais usage de publications spécialisées y compris les plus anodines apparemment, comme « Psychologies » par exemple peut avoir le même effet.
« Donnez un marteau à quelqu’un et il verra des clous partout ! »
Il faut du discernement en cela comme en toute autre chose. C’est notre responsabilité dans l’accompagnement d’éviter que nos clients deviennent hypocondriaques. Cela participe de notre devoir de les accompagner vers un surcroît de lucidité. Le risque de passer à côté de quelque chose d’important existe c’est clair mais tout n’est pas pathologie – et en coaching encore moins que dans les autres disciplines d’accompagnement de la personne. On vit très efficacement avec ses petites névroses comme avec les hordes d’acariens qui nous boulottent durant notre sommeil !
La dernière phrase d’un article de Catherine Pégard dans le Point de cette semaine disait que « Ségolène Royal a fait le pari qu’ils (les français) l’aimeraient pour ce qu’elle est. Et Nicolas Sarkozy pour ce qu’il fait ».
Cette phrase fleure bon le quotidien du coach qui passe beaucoup de son temps en séance à recentrer ses clients sur la réalité de leur mode de fonctionnement propre et en particulier sur leur système de reconnaissance. La tentation est alors grande de s’engouffrer dans cette brèche pour se faire une idée plus générale de la personnalité de ces candidats en utilisant l’une ou l’autre des théories de la personne, et en particulier l’ennéagramme. Du reste les « spécialistes » n’ont pas manqué de le faire comme sur l’excellent Da Vinci blog
Si l’on peut ainsi se faire une idée relativement précise (vous pourrez constater en lisant les différents billets du Da Vinci Blog qu’il n’y a pas unanimité et c’est heureux !) des grandes tendances des personnalités de ceux ou celles qui se proposent à nos suffrages, pourquoi ne pas en tenir compte ? Comment ne pas imaginer qu’une fois élu(e)s, ils ou elles se comporteront de façon relativement prévisible ? Et dans ce cas qui préférons-nous ?
Cela tient bien sûr à notre propre perception de ce qui est « bien ». Mais au-delà ?
Par exemple, si nous considérons que nous avons en France un besoin vital de réformer en profondeur notre « modèle » et que ce sera la tâche essentielle du futur président, on raisonnera peut-être comme suit. La réforme, le changement pour employer un mot galvaudé, est pour une large part un art d’exécution, donc, au-delà des programmes - dont l’expérience nous montre qu’ils sont le plus souvent une liste de vœux n’engageant que ceux qui les écoutent et se dissolvant dans la pratique – notre pays a besoin d’une personne dont la tendance soit au « faire » plus qu’à « l’être ».
C’est probablement cette prise de conscience, confuse ou plus lucide peu importe, qui explique les valses hésitations de ceux tentés par Ségolène Royal pour qui elle est mais qui doutent de ce qu’elle sera encline à faire. A l’inverse s’il ne semble pas faire de doute que Nicolas Sarkozy fera bel et bien un certain nombre de choses qu’il propose, bon nombre sont hésitants sur l’acceptation de qui il est et rechignent donc à lui accorder leur confiance. La personnalité de François Bayrou du coup peut effectivement tenter les indécis des deux camps. Ils apprécieront la demi-teinte de ses propositions couplées à la vigueur de son engagement personnel dans un chemin somme toute original puisqu’il brise un consensus qui ne voyait jusqu’à présent que la possibilité d’un affrontement gauche/droite.
Alors, cette élection étant selon la formule consacrée, « une rencontre de quelqu’un avec la France », n’hésitons pas à nous servir des outils à notre disposition pour affiner notre choix ; surtout lorsque l’on a des doutes sur la pertinence des « programmes » et que l’on ne se sent plus très ferme sur des idéologies qui se brouillent.
Je prends connaissance presque simultanément de deux enquêtes sur le coaching et elles méritent quelques commentaires.
L’une est publiée par le Journal du Net-Management qui insiste sur le sujet après un “appel à témoins” dont je m’étais fait l’écho dans le précedent billet. Tant mieux!
L’autre, beaucoup plus fouillée, est disponible sur le site du groupe américain SherpaCoaching. C’est la seconde année que ce groupe conduit cette enquête et il est intéressant de constater les évolutions d’une année sur l’autre. Certes la quasi totalité des coachs ayant répondu à l’enquête de SherpaCoaching est américaine ( nous devons être une petite poignée de non-américains à y avoir participé), mais ce marché est le premier marché mondial et, comme pour beaucoup d’autres ,il est un précurseur de tendances.
Ce que j’ai retenu?
Tout d’abord que la définition du coaching et le statut des coaches sont encore hétérogènes dans un marché qui, même aux Etats-Unis, est loin d’être mature. En tout cas le terme “coach” est une trouvaille puisqu’il est endossé par une majorité de professionnels d’autres spécialités : Consultants de tous poils, psy en recherche de nouveaux horizons, formateurs à l’étroit dans leur spécialité. Cette “annexion” me semble probablement contre productive pour le coaching. En effet le client ne peut pas voir de grande différence car ces professionels continuent de pratiquer leur métier de base, celui où ils sont à l’aise et sûrement compétents, comme avant. Ainsi le client ne peut expérimenter véritablement une discipline nouvelle pour lui et cela aura tendance à le décevoir.
La bonne raison de cet état du marché de l’offre de coaching est que le coaching ne rapporte pas nécesairement des ponts d’or!. Prenons les chiffres de nos confrères américains. Le revenu moyen annuel des coachs toutes spécialités confondues est de 43.000 $ bruts ce qui n’est pas une fortune dans ce pays (soit environ 33.000 € bruts en France avec près de 40% de charges à déduire!). Et encore il s’agit d’une moyenne car les coaches installés depuis plus de cinq ans et qui ont une “vraie clientèle de haut de gamme” déclarent des revenus annuels de l’ordre de 150.000$ et constituent 54% du panel de l’enquête de SherpaCoaching. Le métier de coach est donc rarement un métier principal. Serait-ce l’explication du fait que selon International Coaching Federation près de 70% des coaches sont des femmes dont l’âge moyen est compris entre 45 et 55 ans? Il est vrai qu’elles sont sur-représentées dans l’ensemble à cause de leur nombre dans le life coaching qui constitue en volume le plus grand nombre de clients. Intéressant également de savoir que la tendance est pour des rendez-vous tous les quinze jours alors qu’antérieurement ce rythme était plutôt hebdomadaire; cela signifie qu’il faut mécaniquement deux fois plus de clients pour le même chiffre d’affaires!
C ‘est la certification qui fait le coach pour 64% des utilisateurs “entreprises” même si 50% d’entre eux exigent qu’en plus le coach justifie d’une véritable expérience professionnelle et de management réussie. En revanche l’accréditation, si elle rassure, n’est pas semble t’il indispensable. Cela signe les efforts qu’ont encore à faire les organismes “accréditeurs” (ICF, SFCoach, ICCO,…) auxquels il est souvent reproché d’être à la fois des organismes de formation qui certifient et des organismes accréditeurs. En France à première vue il semberait qu’il y ait moins de collusion mais les organsimes de formation au coaching qui délivrent des certifications sont fortement représentés dans les associations qui accréditent. Notre législateur si prompt à dénoncer les dérives de notre secteur d’activité ferait beaucoup mieux de concentrer ses efforts sur la promotion d’un organisme d’accreditation indépendant. Quoique ma nature serait de souhaiter que la profession s’organise elle-même, mais je n’ai entendu parler de rien à ce sujet.
Le coaching a de multiples points d’application dans l’entreprise mais plus de la moitié des coachings sont faits pour améliorer et développer les capacités de leadership des coachés”. .Il s’adressent à des tops (20%) et des seniors (25%) managers, bien que la tendance soit clairement pour une diffusion dans tout l’organigramme de l’entreprise. Cela reste néanmoins considéré comme un outil de luxe, à tort!
Une autre considération m’a …disons…. , amusé! Seulement 9% des utilisateurs ont une méthode pour évaluer l’efficacité des coachings qu’ils commandent, et 62% avouent n’avoir que des moyens “anecdotiques” d’évaluation. Il y a donc bien un monde entre les entretiens préalables à une mission de coaching pendant lesquels les commanditaires harcèlent le coach de questions sur ses moyens de prouver son efficacité, et la réalité des processus d’évalution. Mais, sans vouloir vexer personne, je dois bien reconnaître que je n’avais pas besoin de l’enquête pour le deviner. Une fois le coaching en place, c’est souvent une galère pour débriefer correctement son déroulement…Je le déplore d’autant plus que j’y suis très attaché et que moi je m’en préoccupe pendant tout le coaching.
Enfin une constatation qui me fait personnellement très plaisir: la tendance -en entreprise- est clairement pour les rendez-vous en face à face. Le téléphone perd du terrain. Il est vrai qu’il regagne ce terrain perdu dans le life-coaching.
Voilà de quoi méditer…., et réagir!
Plus qu’un long discours, je vous renvoie à un excellent article du Journal du Net - management, qui propose des témoignages de personnes s’étant faites coacher. C’est court, sans baratin et édifiant! Bon, ce type de publication n’a pas vocation à démonter le sujet qu’elle met en “accroche”, mais c’est bon de lire des témoignages “cash” qui sonnent d’ailleurs véridiques pour qui a l’expérience du coaching. J’ai plaisir à dire que la grande majorité de mes clients pourraient parfaitement écrire ce que j’ai lu. D’ailleurs …. qu’ils n’hésitent pas à témoigner, il semble que la rubrique doive durer encore quelques temps!
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