J’avais promis dans mon précédent billet de revenir sur la question de l’identité virtuelle, je tiendrai ma promesse, mais les circonstances m’amènent à faire part de réflexions que des « opérations en cours » suscitent.
Et si la « belle usine chinoise » commençait – déjà - à nous poser les mêmes questions que nos bonnes vieilles unités de production ? Et si les reins et les cœurs chinois n’étaient au fond pas si différents des nôtres ? Que ce soit dans l’Empire du Milieu, dans la Silicon Valley ou dans le couloir rhodanien, pour fonctionner une unité de production a besoin de cadres. Traditionnellement les entreprises qui s’implantent dans des contrées lointaines et au niveau de développement encore bas, dépêchent sur place leurs propres cadres ; mais nous n’en sommes plus au temps des colonies. Très vite – trop vite apparemment pour certains – il faut se doter de cadres locaux. Là commence la question.
Au début on se débrouille, et si les affaires marchent on doit embaucher de plus en plus localement car les expatriés coûtent cher et deviennent vite eux-mêmes des problèmes à gérer. Sauf que, par construction, dans un pays en fort développement, les autochtones capables d’encadrer sont rares. Ce qui est rare est cher. On se trouve alors rapidement confronté à un problème de marché qui se trouve limité à ceux qui ne sont pas les meilleurs mais se débrouillent très bien dans le rôle du mistigri que les employeurs étrangers se refilent. Le but affiché du jeu est donc de retenir les perles que l’on a pu dénicher sans devenir leurs otages car -et c’est la loi du marché – ils deviennent vite des mercenaires.
C’est alors qu’il est impératif de ressortir la bonne vieille échelle des besoins de Maslow et travailler sur les besoins d’appartenance.
Mais attention ! Ce serait une grave erreur de penser qu’il s’agit simplement de développer le sentiment d’appartenance à la société étrangère qui les emploie ! Je vous parle d’expérience pour avoir, pendant quatre ans, ferraillé à la direction d’un très honorable établissement financier en Corée du Sud. Avant d’avoir la fierté d’appartenir à l’équipe dirigeante de ce phare des affaires dans leur pays (si, si !), mes cadres coréens devaient d’abord boire jusqu’à la lie les réprobations de leurs congénères ! Travailler pour une société étrangère pouvait certes leur rapporter beaucoup plus que s’ils avaient eu un poste équivalent ou même supérieur dans une société coréenne : salaire, conditions de travail, avantages sociaux divers et surtout formation mais ils restaient longtemps perturbés par un mélange étrange de sentiments qui ne disait pas son nom mais se traduisait en gros par trahison. L’argument qui a fonctionné le plus efficacement fut celui de la formation. En effet tout logiquement c’était bien la formation qui manquait en général dans leur pays ; en l’acquérant nos cadres avaient le sentiment ainsi de participer à son développement et pas simplement se vendre à l’étranger, du coup ils retrouvaient leur place dans leur propre environnement. Il ne fallait pas les tromper sur la marchandise : pas de petits stages façon récompense ou incentive avec voyage touristique à la clef, non ! Du solide, du valorisant, avec les autres cadres internationaux des pays « développés ».
Il n’y a pas que de l’intérêt à « piquer » de la technologie lorsque les chinois réclament des transferts de technologie, il y a en a c’est sûr (voix de Jean Lefèvre dans les Tontons Flingueurs ) !, mais il y a aussi du besoin d’appartenance derrière. Faut pas jouer avec ça !
Ne croyez pas à un renvoi d’ascenseur en effet il me fait l’honneur de commenter quelques uns de mes rares billets sur ce blog, mais je recommande instamment la lecture de l’excellent commentaire de Marc Traverson sur le phénomène “Facebook”.
Il y parle de fusion entre les identités professionnelle et privée. C’est un vrai sujet qui me renvoie à une des questions centrales des coachings. Effectivement on constate en permanence l’incursion d’un domaine dans l’autre posant ainsi au coach de multiples problèmes à la fois déontologiques et techniques. La lettre étant de ne pas les mélanger, la pratique étant de constater que souvent ce n’est pas possible et même fréquemment nécessaire de le faire.
Alors que dire de la “nouvelle identité virtuelle”? S’y intéresser est probablement une façon d’explorer le “qui voudrais-tu être?”, tant il vrai que la tentation est grande de profiter de la virtualité pour explorer des facettes “désirables” de notre personnalité au risque d’une légère schizophrénie qui si elle reste non pathologique peut être tout à fait libératrice et créatrice.
Je vais m’intéresser de plus près à la question…
Certes je me suis éloigné pendant ces derniers mois de mon activité de coach pour régler quelques autres problèmes et prendre un peu de recul. Est-ce un effet de cette prise de distance, mais il me semble que la scène bondée que j’ai quittée se soit un peu organisée.
Les deux institutions se voulant représentatives de la profession: la SFcoach et de l’International Coach Federation France ont modernisé leur site sur le web. La SFcoach avait déjà pris l’importante décision il y a deux ans de se transformer en une association professionnelle dans le louable dessein de n’accueillir en son sein que des coachs pratiquant réellement leur discipline. ICFFrance semble moins discriminante dans son recrutement mais du coup moins claire dans ses objectifs. On remarque que bon nombre de membres de l’un sont également membre de l’autre et éplucher les listes de ces membres montre à l’évidence que seuls quelques ténors y sont présents. Et pour peu que l’on sache lire entre les lignes on devine aisément que la majorité d’entre eux ne vit toujours pas du coaching stricto sensu mais du conseil en ressources humaines ( ce qui est bien différent) et surtout de la formation au coaching qui reste un excellent filon.
Est-ce étonnant? Non bien sûr!
La tendance très française -mais pas seulement- à normaliser et encadrer pousse les professionnels du coaching au protectionnisme. Les arguments développés sont toujours les mêmes: la sécurité du consommateur, la protection contre les dérives ( sectaires dans le cas du coaching), etc…
Sauf qu’après plus de cinq ans d’expérience, je prétends que le coaching, tout en étant une discipline rigoureuse, est plus comparable à un art qu’à une pratique professionnelle. Il y a sûrement des syndicats de violonistes, de pianistes et autres instrumentistes mais ceux qui font des concerts ne sont pas sélectionnés dans une liste de l’association professionnelle des violonistes ou des pianistes, mais pour la réputation qu’ils ont acquise au fil de leurs performances.
Il s’agit là d’une douloureuse constatation, pour moi le premier car je me rends parfaitement compte de la fragilité d’une position lorsque l’on ne fait pas tout ce qui est nécessaire pour se faire connaître. Curieusement j’ai accompagné des instrumentistes classiques et à chaque fois j’ai constaté que ce n’était pas la maîtrise de leur art qui était en question mais leur personnalité plus ou moins adaptée à rendre public leur talent.
Ainsi je pense que se profile une classe de personnes qui tente de gagner son pain quotidien et le beurre pour mettre dessus dans l’auxiliariat de la gestion des ressources humaines et que l’on nomme à tort “coach”. Et puis quelques artistes qui savent faire émerger chez les autres une vision claire,
une prise de décision stratégiquement pertinente et le désir de tout mettre en oeuvre pour progresser. Est-ce à ce qu’ils gagnent qu’on les reconnait? Non, même s’ils peuvent effectivement très bien gagner leur vie. Est-ce au nombre de “clients”? Non plus, même s’il peuvent en avoir beaucoup.
Non c’est à l’émotion qu’ils créent chez ceux qui travaillent avec eux, c’est à la réussite de ceux qui ont croisé leur chemin, c’est à leur propre bonheur à eux qu’on les reconnaît.
Il y a effectivement des milliers d’excellents violonistes d’orchestre en France et seulement une poignée de concertistes ….
Je donnerais bien volontiers un nouveau concert dans un mois ou deux!!!!
Nicolas Hayek sort du bois pour le lancement d’une nouvelle aventure industrielle.
Certes il assure la promotion de son produit, certes il peut agacer par un peu d’indécence dans l’exposé de son contentement de lui-même et la méthode qui consiste à écrire un livre pour obtenir une grande visibilité médiatique est maintenant un peu éculée… Mais il est vraiment intéressant à écouter.
C’est ainsi qu’il était l’invité d’une émission au ton un peu ringard mais souvent intéressante “rue des entrepreneurs” que je vous invite à écouter si vous avez la flemme de lire son livre.
Il énonce quelques vérités bien connues mais toujours bonnes à dire et il est d’autant plus convaincant que dans son cas “ça marche” et même très bien.
Qu’est-ce qu’un coach peut utiliser dans son discours?
Tout d’abord qu’il croit au droit à l’erreur. Il aurait même conseillé à un précédent chancelier allemand d’en faire un article de la constitution!Du reste il tire lui-même de façon magistrale les leçons de l’échec relatif de sa première aventure dans l’automobile avec la Smart
Que les talents des collaborateurs doivent être encouragés en leur laissant l’initiative du “comment faire” puis en les jugeant sur leur résultat.
Qu’il y a une différence majeure entre un manager, qui gère et est risk adverse et un entrepreneur qui créé et prend des risques - et que malheureusement cette différence est l’objet de trop de confusions dans beaucoup de grands groupes.
Que la vocation d’une entreprise est de créer de la richesse sur le long terme pour la société dans laquelle elle opère et non pas simplement de la valeur immédiate pour l’actionnaire volatil et spéculateur.(A ce sujet on peut souhaiter que les crises boursières que nous traversons périodiquement finissent par susciter un infléchissement de la “pensée unique” actuelle des marchés)
Que le nombre de possibilités pour améliorer les résultats d’une entreprise est beaucoup plus large que la simple réduction des coûts du travail. En particulier des actions aussi simples que les efforts de gestion sur tous les postes du compte d’exploitation (stocks, fournisseurs, etc…) ; du déjà-vu me direz-vous? Eh bien essayez donc de revenir aux fondamentaux comme on dit en rugby avant de changer l’équipe!
Son attitude vis à vis des banquiers m’a fait rire à gorge déployée (compte-tenu de mon ancien métier!). Il a parfaitement raison lorsqu’il prétend qu’il a toujours su mieux qu’eux la véritable situation et valeur de ses entreprises. Les analystes financiers n’ont pas grâce à ses yeux et je le suis complètement sur ce terrain. Non pas qu’ils soient inutiles, loin de là, mais parce qu’ils s’érigent en juges le plus souvent a priori des orientations de l’entrepreneur alors qu’ils devraient d’abord contribuer à la clarification et à l’explication neutres des informations données par l’entreprise.
Finalement il montre que l’on peut réussir dans le monde industriel en s’affranchissant des déviances du monde de la finance.
Je le suis complètement sur ce point. Il me semble que le monde des affaires va revenir vers plus d’industrie et moins de finance. Plus de créativité et moins de gestion (ce qui n’est pas contradictoire avec l’un des points ci-dessus). Plus de récompense pour les créateurs que pour les manageurs. Nos vieux pays sont arc-boutés sur la gestion de ce dont ils ont hérité et pas suffisamment tournés vers la création de nouvelles richesses. C’est assez sympathique de constater que c’est un octogénaire qui le dit!
Il va bien falloir se rendre à l’évidence : la France n’est plus celle que les poncifs, surtout médiatiques mais également des dîners en ville ou des rodomontades devant les machines à café, continuent de reproduire de plus en plus mal.
Ce vieux pays, comme l’avait dit avec faconde le précédent Premier Ministre qui aurait du retrouver ses chères études il y a déjà bien longtemps, a senti qu’il avait atteint le fond de la piscine. Son instinct de survie lui a donné le ressort nécessaire à son changement.
Doit-on pour autant en attribuer tout le mérite à Nicolas Sarkozy ? Bien sûr que non car son succès n’est que la conséquence d’un moment sociologique. Il ya quelques années, voire quelques mois, il fût arrivé trop tôt. « The right man at the right place » mais il faudrait ajouter « at the right time ».
Ceux qui sont confrontés à la lourde tâche de manager le savent et ceux qui les accompagne encore plus: rien n’est pire que d’avoir raison trop tôt. Qu’il s’agisse d’un produit trop novateur, d’une réforme de structure trop anticipatrice, d’une prévision iconoclaste et pourtant pertinente, le corps social les rejettera d’emblée. C’est la règle : le changement ne se décrète pas, il ne se force pas, il faut savoir sentir lorsqu’il devient inéluctable. Certes on peut mettre en place des dispositifs qui accélèrent le processus – et c’est un des talents des leaders – mais c’est de l’adhésion dont on a besoin, ce qui est bien différent de l’action de convaincre.
Parce qu’il s’agit donc d’une aspiration profonde du pays à voir bouger les choses, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour prédire un franc succès aux candidats aux législatives qui s’engouffreront dans le sillage du Président. Quels qu’ils soient, vieux briscards façon godillots, jeunes loups inexpérimentés, petits potentats locaux ou parachutés de la dernière heure, ils seront élus. L’argument développé par l’opposition - enfin même pas car il n’y a plus d’opposition il n’y a que des battus - est une illusion. Les français ne se préoccupent pas d’un équilibre des pouvoirs ; ou plus exactement ce n’est pas à l’opposition telle qu’elle se présente qu’ils entendent confier cette tâche.
Ils croient fermement qu’une fenêtre d’opportunité s’est ouverte et ils veulent simplement respirer un air nouveau.
C’est là que Nicolas Sarkozy est attendu. Son challenge est de ne pas décevoir cette attente.
Situation exaltante mais ô combien périlleuse ! Pour lui mais aussi pour notre pays car s’il est dangereux d’avoir raison trop tôt il est peut-être encore plus dangereux de décevoir des attentes que l’on a soi-même suscitées ou sur lesquelles on a surfé.
Peu importe que la dette de la France en prenne encore un coup, peu importe que l’égalité soit légèrement chiffonnée, peu importe qu’un certain confort du quotidien soit bousculé, si le pays se remet en mouvement. Mais si ce n’est pas le cas ….
Je suis cependant optimiste justement parce que je crois que le désir d’évoluer de notre pays est profondément ancré dans le corps social et que l’élection de Nicolas Sarkozy en est une conséquence plus qu’une cause.
Alors allons-y !