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Pourquoi je vais voter Sarkozy

04/05/07@11:39 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

Nous sommes à deux jours du second tour, la campagne officielle se termine dans quelques heures et je ne veux pas laisser passer l’occasion de donner mon point de vue légèrement à l’écart du rabâchage de la presse traditionnelle et de certains pugilats de la blogosphère.
Mais on ne peut donner un point de vue sans analyser préalablement la situation.
La première observation que je fais à la suite des résultats du premier tour de scrutin est que la ligne de partage gauche droite à laquelle nous étions habitués depuis plus d’un demi-siècle a changé de place. La droite a clarifié la position de son camp, la gauche n’en connaît plus les contours exacts du sien et, entre les deux, une clairière centriste attire les circonspects. En revanche les extrémistes de gauche - la « gauche de la gauche » comme l’appelait l’inénarrable Marie-Georges Buffet – est passée à la trappe emportant dans sa glissade le peu clairvoyant Laurent Fabius. Le folklorique José Bové devrait se souvenir de l’année 2007 comme d’une déculottée dont sa pipe de comédie ne remettra pas.
Les électeurs, beaucoup plus perspicaces que Jean-Marie Le Pen – qui ne l’est pas moins malgré ses travers irrémédiables – ont bien senti que le monde devait changer, que le fameux modèle français n’était plus qu’un obsolète et dispendieux souvenir, une harde qui ne cache plus notre misère. Ils ont massivement voté pour le changement.
La seconde observation concerne les stratégies qui ont conduit trois candidats sur un podium qui ne comporte que deux places.
Celle de Nicolas Sarkozy est très claire. Elle a été élaborée de longue date. Il a d’abord tué le Père Chirac d’autant plus en douceur que ce dernier se sentait condamné et, en expert des combats, n’a probablement pas hésité longtemps à ne pas livrer celui de trop. Il a ensuite conquit l’UMP pour libérer le terrain. Du coup il s’est retrouvé très tôt – trop tôt pensaient certains – en ordre de bataille avec armes et bagages. Il pensait à l’objectif Elysée depuis le début. Lorsqu’il a parlé de rupture c’était surtout avec les positions de Jacques Chirac et, sous entendu, avec sa politique radicale-socialiste. C’est pourquoi je trouve totalement erronées les attaques que tentent de lui porter ses opposants sur son bilan ; elles s’avèrent du reste inefficaces. Il n’assume que son bilan personnel et ni celui du Président, ni des gouvernements auxquels il a appartenu. On lui reprochait bien assez d’être le poil à gratter il y a seulement encore quelques mois. Au passage il a siphonné les électeurs du Front National, réussissant en cela ce qu’aucun autre n’avait réussi avant lui. Il faut dire que l’épouvantail Le Pen – un sous-produit du machiavélisme de Mitterrand - arrangeait bien et la droite molle et la gauche tout entière.
Ségolène Royal a eu somme toute la même intuition. Elle l’a eu probablement de façon plus évidente en constatant les dissensions de la gauche lors du référendum sur la constitution européenne. L’électorat socialiste n’était plus un bloc homogène, les aspirations des français glissaient vers la sociale démocratie. Mais alors que Nicolas Sarkozy avait fait place nette, il lui fallait d’abord gagner l’investiture de son parti. Et elle n’avait plus de père à tuer mais de nombreux fils, dont beaucoup d’hypocrites et un spectre. Son objectif était d’abord celui là et non pas, comme Nicolas Sarkozy, l’Elysée directement. À l’atteindre, elle a dépensé beaucoup de trop de forces et a perdu des troupes dans la bataille ; à l’obtenir elle s’est construit des illusions. Lorsqu’elle fut adoubée, je prétends qu’elle fut désemparée. Elle n’était pas prête pour ce combat là. Elle camoufla sous la démocratie participative son absence de préparation et arrive ce qui devait arriver : à bout d’arguments elle se lance dans l’attaque ad hominem de plus en plus violente qu’elle est de plus en plus nue.
Le troisième larron a bien compris depuis le début les mouvements tectoniques qui remuaient l’électorat. François Bayrou a très bien joué le coup. Il ne devrait pas être amer ; il est seulement arrivé trop tôt par rapport au mouvement des plaques.

Face à ce constat quelle décision prendre dimanche prochain ?
Elle me semble claire. Il faut voter Nicolas Sarkozy.
Ségolène Royal n’est pas prête ; si elle était élue, elle devrait affronter la même question que celle qui se posait à François Bayrou : avec qui gouverner ? Sûrement pas avec les vieux caciques du parti socialiste qui l’ont lâchée pour la plupart et qui ont été réfutés au moment de son investiture. Cela reviendrait à nier ce qui l’a porté sur le devant de la scène. Alors avec Bayrou ? Encore moins car les électeurs de ce dernier ne tolèreraient pas un nouvel holdup de leur voix. Il fallait qu’elle y pense avant, et même avant le premier tour. La bonne stratégie eût probablement été de constituer un nouveau parti avec lui dès les résultats du référendum sur la constitution européenne connus.
Donc je vais voter Nicolas Sarkozy sans état d’âme. En revanche je vais garder précieusement ma carte d’électeur pour les législatives. Non pas que je sois un tenant d’un « troisième tour », mais parce qu’il est indispensable que notre pays renvoie aux oubliettes de l’Histoire une gauche surannée comme il va le faire de sa droite tiédasse au profit de deux grands partis l’un libéral l’autre social-démocrate. Nous pourrons enfin avoir des alternances fondées sur le constat d’efficacité ou d’inefficacité et non plus sur des partis-pris idéologiques que seuls quelques lettrés peuvent soutenir pour la beauté de l’exercice et pour que ne meure pas le débat d’idées dont nous avons besoin mais qui ne fait pas la politique du quotidien.
Par ailleurs si nous arrivions à ce résultat nous ferions l’inestimable économie de l’obsolète et dispendieuse menace d’un référendum sur les institutions.
Enfin je trouve ridicule et dangereuse la menace proférée par Ségolène Royal d’émeutes qui pourraient suivre l’élection de Nicolas Sarkozy. Elles seraient comme toujours un drame pour les plus défavorisés et sans grandes conséquences pour les nantis. Cette inconséquence est à mettre sur le compte de sa déconvenue mais c’est indigne.

   
     
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