Commentaires et analyses, une différence d’efficacité.
Je consacre beaucoup de temps à la lecture des blogs, peut-être bien beaucoup trop de telle sorte que je ne publie pas beaucoup (assez ?) sur ce blog.
Mais, sans vouloir du tout me trouver une excuse pour ce qui peut apparaître pour une faiblesse et en reconnaissant une nonchalance qui est un trait de ma personnalité que j’avoue bien volontiers ne pas vraiment apprécier, je constate que sur les blogs comme dans le reste de la médiasphère le plus souvent les publications sont des commentaires sur tel ou tel sujet mais beaucoup plus rarement des analyses.
Quel mal à cela me direz-vous ? Les commentaires -je ne parle pas des commentaires attachés à tel ou tel billet mais bien de la nature des billets eux-mêmes - sont très instructifs en ce qu’ils montrent l’opinion de leur rédacteur, permettent de confronter cette opinion à la notre et contribuent ainsi à la réflexion particulière et générale. Dont acte.
Sauf que très souvent le commentaire, pour raisonné qu’il apparaisse, est en réalité le produit d’une émotion et que très souvent cette émotion est mal ou pas gérée. Il s’en suit ce qui doit s’ensuivre lorsque l’on parle, écrit ou agit sous le coup de l’émotion mal ou pas gérée : on ne l’a pas reconnue, on n’a pas fait attention à ce qu’elle veut dire pour nous et on ne fait que la transférer à l’autre. Le résultat peut être parfait, comme le voudrait un artiste par exemple ou catastrophique comme c’est souvent le cas lorsqu’on s’adresse à l’opinion et que la raison doit être autant interpellée que le ressenti.
J’avais écrit un billet il y a maintenant bien longtemps qui parlait un peu de ce thème.
J’éprouve le besoin de revenir dessus en constatant l’impact considérable des blogs sur la formation des courants d’opinion.
En effet cet outil d’une puissance que l’on est loin d’avoir entièrement appréciée, peut parfaitement se révéler un outil redoutablement efficace de manipulation. Les personnalités politiques ne s’y sont pas trompées et, après la vague des pionniers plus ou moins sincères, on voit fleurir des hordes de blogs qui commentent les faits d’actualités, les prises de position des uns et des autres, bref, qui sont des commentaires au sens où je le définissait plus haut et dont l’objectif me semble être avant tout de manipuler l’opinion. J’ai très souvent écrit que la force des blogs tenait en grande partie à la liberté totale de leurs rédacteurs pour ne pas revenir sur ce point, ainsi pas question ici fustiger ces blogs.
En revanche il m’apparaît important d’en appeler aux blogueurs pour qu’ils livrent également des analyses et au-delà qu’ils les fassent suivre de propositions. C’est la façon de sortir un peu de l’atmosphère « Café du Commerce » qui a un vrai parfum français mais ne fait pas avancer les choses et très souvent au contraire les envenime.
Le moment est particulièrement propice ; nous vivons une fin de règne politique où tout part en quenouille, notre société est angoissée par l’inéluctabilité des changements qu’elle redoute, plus largement les valeurs morales, sociales et spirituelles qui nous ont servi de repères depuis plusieurs générations s’avèrent obsolètes ; nous nous replions sur un individualisme frileux et les conservatismes l’emportent sur toute tentation de progrès.
Il est donc temps de ne plus se limiter aux commentaires, mais bien de se livrer au premier pas indispensable de toute démarche de changement : « d’après toi, quelle est la source de la situation problématique que tu m’exposes ? », oui analyser les sources de la situation. Or le commentaire est généralement une simple redite de la description de la situation problématique. Il est confortable parce qu’il donne l’impression de faire quelque chose de différent, mais en fait il n’est qu’une manière d’éviter la nécessaire démarche d’éclaircissement. C’est un peu la stratégie de la bécasse qui attire les prédateurs en faisant beaucoup de bruit le plus loin possible du nid où elle protège ses petits.
Les éditoriaux des journaux, les émissions de télévision et de radio, les librairies sont pleins de commentaires brillants qui ont de gros succès parce qu’ils nous transmettent des émotions que nous voulons ressentir, les analyses sont plus rares et pourtant ce sont elles dont nous avons la plus besoin en ce moment pour élever notre degré de lucidité sur la situation dans laquelle nous nous trouvons.
On ne peut bâtir une stratégie efficace que lorsque l’on connaît parfaitement la situation dans laquelle on se trouve.
Alors c’est promis, je tenterai de resister à la fascination du commentaire et d’entrer plus souvent dans l’analyse!



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