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Pourquoi la majorité n’en est pas forcément une ?

24/03/06@04:14 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

Je suis perplexe devant les contradictions que je ressens entre les informations qui sont matraquées dans les medias (mais en sont-elles vraiment ? Je veux dire des faits objectivement constatés dont les sources peuvent être vérifiées de façon croisée et éventuellement contradictoire, ….) et ce que je constate à l’écoute des commentaires personnels – par exemple dans les forums de discussion des radios comme avec l’excellent Christophe Hondelatte sur RTL, sur les blogs, pardon mais ils sont tellement nombreux que je n’en mets aucun en lien, ou simplement dans la rue, au marché, bref dans « la vraie vie des vrais gens ».

Alors 500.000 ou 1.500.000 personnes dans la rue ? 68% d’opposants au CPE ? 70% de personnes souhaitant que le Premier Ministre démissionne ? x% de français contre –ou pour – le libéralisme, … Peut-on en déduire que la majorité des français pense ceci ou cela ?
Au risque d’apparaître iconoclaste ou provocateur je ne le crois pas. En effet plusieurs raisons à cela :

  • La première est que nos avis à un moment « t » peuvent ne pas être l’expression exacte de nos convictions parce qu’ils sont, à ce moment « t », d’abord le produit d’une émotion dont la gestion n’est pas faite immédiatement. Vous avez tous constaté que vous pouviez réprimander la personne qui vous bouscule dans un métro bondé si vous êtes sous stress et de mauvaise humeur ou l’excuser si vous êtes détendu et de bonne humeur alors même que l’intention réelle de cette personne à votre endroit n’est pas de vous agresser et que vous en êtes convaincu immédiatement après coup. Il en va de même souvent pour l’expression de nos opinions.
  • La seconde raison tient au fait que l’on exprime – toujours à cet instant « t » – une opinion qui n’est pas nécessairement en rapport direct avec la situation réelle mais plutôt avec la perception qu’on en a. L’exemple de ce qui se passe pour le CPE est édifiant : on peut le condamner non pas tant pour ce qu’il vaut vraiment que pour les conditions dans lesquelles il est présenté (manque de concertation préalable, raideur d’un Premier Ministre dans sa mise en place). Dans mon métier on dit qu’en matière d’objectif un objectif peut en cacher un autre comme il en allait des trains quand il y avait encore beaucoup de passages à niveaux.
  • La troisième raison est que nous réagissons idéologiquement plus que raisonnablement. Le CPE présenté par la gauche sera défendu bec et ongle par ses adeptes sans vraiment être étudié en lui-même et réciproquement bien entendu. Là, ce sont des valeurs que nous mobilisons pour nous tenir lieu de guide mais elles ne sont pas forcément les meilleures bases pour la formation d’une opinion puisqu’elles sont – bien que totalement respectables en elles-mêmes – le fruit de croyances sédimentées devenues des évidences en dehors de tout questionnement spontané. Seule une démarche de type maïeutique peut nous en faire changer ; or on ne prend généralement pas le temps de la conduire à chaque interrogation.
    Bref, on est avant tout guidé par le besoin irrépressible et trivial « d’avoir raison ».
  • Voilà le contexte dans lequel se déroulent malheureusement les « grands débats d’opinion ». Ce n’est pas sain du tout et on en mesure les fâcheuses conséquences pour notre pays. C’est dans ce marigot que tous les manipulateurs (conscients comme les politiciens démagogues ou inconscients comme tous les donneurs de leçons) font florès qui s’adjugent le renfort usurpé d’une majorité qui n’en est pas une car elle est totalement hétérogène.
    Et c’est ainsi que l’on se trompe de chemin et surtout qu’en voulant éteindre les incendies on en oublie l’origine du feu.
    Le sacro-saint dogme de la majorité est dévoyé car on lui fait dire ce qu’il n’a pas nécessairement envie de dire.
    Ce n’est sûrement pas le chemin à suivre pour conduire à bon terme n’importe quel changement.

    Contribution à la réflexion autour du CPE

    21/03/06@01:10 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

    On assiste actuellement au sujet du CPE à un bras de fer dans le plus pur style de la politique politicienne qui gangrène notre pays depuis trop longtemps.
    Du coup les vrais problèmes, celui du chômage, de l’adaptation de nos structures économiques aux mutations, celui de la libéralisation du marché du travail, sont occultés et donc pas traités au profit des disputes idéologiques qui pourraient éventuellement être justifiées si elle n’étaient créées artificiellement par des partenaires ( ?) sociaux qui n’ont pas d’autre objectif que de s’opposer à tout ce qui est proposé et cela par populisme et clientélisme faute d’avoir des idées, un projet, une vision pour la France (ce qui ne présume d’ailleurs pas que le gouvernement actuel en ait et il nous administre la preuve qu’il n’en a pas ou pas le courage de les promouvoir).
    Hors ce n’est pas en niant l’obstacle qu’on le franchira et on ne contournera pas la réalité : le monde de l’économie est éminemment volatil – volens nolens, depuis que le monde est monde – et tous les efforts doivent tendre à préparer, entraîner les jeunes à maîtriser cette volatilité. Il faut leur présenter cette volatilité pour ce qu’elle est : une contrainte et en même temps une opportunité.

    Il faut leur montrer toutes les contreparties positives de la nouvelle donne, entre autres et de façon absolument pas exhaustive :
    • les exigences qu’ils pourraient et même devraient avoir lors de leur embauche. A quoi allez-vous vraiment m’employer ? Quels objectifs me fixez-vous ? Quels moyens mettrez vous à ma disposition ? tutorat ? formation ? mais aussi moyens matériels ? A quoi vous engagez-vous dans la mesure où je répondrai à vos attentes ; l’expression anglaise pour tout cela est : « What’s in for me » ? Qui signifie en gros : que me proposez-vous qui me concerne moi ? Quel est mon bénéfice dans la transaction ?
    • les bénéfices que l’on ne peut mettre dans une loi (du reste il faudrait s’interroger sur la fonction réelle du législateur en la matière …) mais que rien n’empêche de négocier dans un Contrat, fût-il de Première Embauche. Par exemple : pouvez-vous contribuer à mon logement, à mes déplacements, à ma vie personnelle en général, etc.
    • la fluidité du marché de l’emploi qui est la contrepartie mécanique de la dérégulation des contrats de travail. En effet de deux choses l’une, ou bien l’économie n’a aucun emploi à proposer et il n’y a aucun contrat qui créera ces emplois, ou bien effectivement l’économie a besoin de main d’œuvre et donc les employeurs vont rapidement se battre pour attirer et garder les meilleurs. Les armes qu’ils seront contraints d’utiliser seront alors tout bénéfice pour les employés et ce qu’il n’obtiendront pas chez l’un, ils iront le chercher et l’obtiendront chez l’autre ou au pire obtiendront plus.

    C’est comme cela qu’il faut présenter le CPE et non pas chercher à l’harnacher de bretelles, de ceintures, de parapluies, de paratonnerres dont le coût deviendra bien vite insupportable mais surtout qui n’agissent pas sur les choses cruciales à changer qui sont nos mentalités et nos comportements personnels et sociaux. Le plus gros reproche que l’on puisse faire au gouvernement est d’agir en boutiquier peureux. Il sait parfaitement où est le problème mais il a peur de se faire battre aux prochaines élections alors il fait sans faire. C’est d’autant plus désolant que le raisonnement est simplissime.

       
         
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