Suivi des travaux de la commission parlementaire sur l’affaire d’Outreau
Je me suis attaché à suivre autant que possible http:// les travaux de la Commission parlementaire d’enquête sur l’affaire d’Outreau car, au-delà de l’intérêt majeur du fond de ses travaux, je pensais qu’il était extrêmement instructif pour un coach d’analyser les comportements des intervenants pendant les auditions et –autant que possible- ceux des acteurs de ce fiasco lorsqu’ils étaient en poste ou plutôt la façon dont ils les expliquaient et les vivaient maintenant.
La constatation la plus évidente – elle n’étonnera pas grand monde – est le rôle majeur joué par la peur.
Le juge Burgaud était totalement tétanisé par la peur d’être pris en défaut dans son professionnalisme et des conséquences éventuelles désastreuses qu’il anticipait au cas où il se dévoilerait incompétent. Du coup il est passé complètement à côté de ce qui aurait du être sa contribution aux travaux de la commission. Mais il est également passé complètement à côté de ce qui aurait pu être pour lui le début d’une thérapie : la verbalisation de ses angoisses, des culpabilités dont il se flagelle en secret croît-il, des difficultés objectives qu’il a rencontré et donc des frustrations qu’il ressent, de la colère légitime à ses yeux envers une foule d’intervenants à l’affaire et que pourtant il a maladroitement contenue en se plaçant aux abois, bref de toutes les émotions qui s’enchevêtrent en lui et dont il est probable qu’il ne se remettra pas sauf à se donner une nouvelle chance qu’il n’a pas saisie à cette occasion.
Ce sentiment de peur était partagé par nombre des autres personnes auditionnées et il était instructif de constater que ni le rang hiérarchique, ni l’âge, ni l’expérience ne les prémunissaient contre cette peur. On pouvait lire dans leurs postures (physiques et intellectuelles), leur phrasé, leur ton, les poussées de peur parfois apaisées de façon temporaire et dérisoire par les questionnements des membres de la commission, comme si, d’avoir un interlocuteur, fût-il un accusateur, les réconfortait de ne plus se sentir seuls.
A une exception près notable et réconfortante :
Madame Jocelyne RUBANTEL Cette femme admirable de sincérité et d’intégrité n’a pas tenté de nier ses émotions. Cela lui a permis de faire passer avec force tout ce qu’elle avait à dire sur les dysfonctionnements de la machine judiciaire, sur les conditions misérables dans lesquelles elle devait et doit toujours exercer, sur les jeux délétères des médias, sur les errances de l’opinion publique. Elle fut unanimement et dignement saluée par tous les memebres de la commission.Les résultats sont là et rien ni personne ne supprimera les quelques 25 années de détention provisoire subies par les innocents, mais s’il y a quelque chose à comprendre, si l’on veut que ces années ne soient pas que des années de souffrance pour ceux qui les ont vécues, alors il faut écouter et entendre des personnes comme madame RUBANTEL.
Il faut que le ministère de la Justice donne à tous ses employés les moyens de devenir des « madame RUBANTEL » et cela passe à l’évidence par une réforme de la formation des magistrats en y incluant une formation approfondie aux sciences humaines, à ces « compétences molles » dont l’absence ou la présence fait la différence dans toutes les activités humaines. Certes la vie est cruelle qui ne distribue pas les talents uniformément et s’il existe des « madame RUBANTEL naturelles » ceux ou celles qui ont d’autres talents mais pas ceux-là peuvent au moins y être sensibilisés, entraînés ; et qui sait, l’existence de ce talent ne doit-il pas devenir un critère de sélection des magistrats, comme les talents de vendeur ou de négociateur ou d’organisateur par exemple sont des critères de sélection dans l’entreprise ?
Mais avant de conclure ce billet je veux pousser un énorme coup de gueule contre les médias et la télévision en particulier.
L’audition des victimes du fiasco judiciaire d’Outreau a fait l’objet d’une couverture médiatique exceptionnelle, celle du juge Burgaud encore plus si l’on pense que France 2 entre autres y a consacré un après-midi entier, mais depuis lors presque plus rien ! Plus rien du tout même à la télévision puisque aucun écho n’a été donné dans un grand journal (sauf erreur ou omission minime) des auditions d’avant-hier et hier ; et pourtant c’est dans ces dernières que l’on trouve la vraie matière à réflexion et non pas le terreau d’une indignation hypocrite et faussement compassée . Les médias ont une fois encore privilégié le sensationnel, utilisé les vils ressorts des ressentiments non éclairés de la population, le goût de la foule pour les jeux du cirque et je l’affirme, la manipulation. Pourtant – et les auditions le prouvent abondamment- leur rôle a été exécrable pendant le déroulement de l’affaire et ils avaient là une occasion sinon de réparer (cela n’est jamais possible) mais du moins de transformer positivement une situation et surtout de s’interroger salutairement sur eux-mêmes et sur leur déontologie.
Les rédacteurs en chef qui déterminent le fil des informations qui seront traitées dans les journaux qu’ils confectionnent me semblent se comporter lamentablement. Il est à prévoir qu’il en ira différemment lorsque certains journalistes seront auditionnés et qu’alors des pleurnichards ou des va-t-en-guerre s’élèveront, drapés dans une dignité en haillons contre une commission qui sera accusée de mettre en cause la liberté d’information. Il y a des comportements qui sont injustifiables.



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