[VSM coaching]
     

Le droit de savoir : ou comment faire de l’audience par la manipulation

25/01/06@09:52 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

J’ai hésité toute la journée avant de me décider à faire un post sur cette émission. Hier soir je pensais qu’ignorer était la meilleure attitude et puis ce n’est pas la première fois que le sujet est traité de la sorte. Plusieurs raisons sont venues au cours de la journée me pousser à publier un commentaire :
La première est le respect de mes clients. Ils me font confiance, ils obtiennent des résultats qui les satisfont, or je n’emploie aucune des méthodes qui ont été présentées lors de cette émission de TF1 et du coup je pense qu’ils ne se sont pas reconnus dans ce qu’elle a présenté du coaching, ils peuvent donc être intéressés par mon point de vue à son sujet.
La seconde est que la blogosphère a réagi : voir CaféCoach par exemple.
La troisième est que bien que je partage en partie la réaction d’Isabelle qui écrit dans Blogosapiens en contrepoint de l’émission de TF1 sur le traitement à réserver à la calomnie et à la médisance, je n’ai pas sa grandeur d’âme et je veux dénoncer la manipulation à laquelle s’est livré monsieur Charles Villeneuve.
La manipulation consiste à présenter des faits ou des idées de façon à induire une émotion désagréable chez un sujet qui va tout faire alors pour se débarrasser de cette émotion et, en particulier, adhérer à la critique du fait ou des idées présentés et se réfugier dans la thèse inverse : c’est le but recherché par le manipulateur. C’est une manière de détourner le jeu psychologique bien connu sous le nom de triangle de Karpman
De ce point de vue les émissions comme « le droit de savoir », mais aussi toutes celles qui font profession de dénoncer des abus, des injustices ne font de l’audience que si elles utilisent ce type de techniques.
Celle d’hier soir était un modèle du genre. Elle présentait même Vincent Lenhardt, dont je n’apprécie pas tout mais qui est une référence indiscutable dans la profession, faisant un exercice récréatif chez un de ses prestigieux clients et seulement trente seconde d’un entretien de coaching qu’il eût été intéressant et honnête de suivre un plus longtemps. Effet garanti : on est agacé par l’exercice qu’il fait faire et on se dit que « c’est du vent » alors même que le maître – qui a cédé probablement à je ne sais quel besoin de reconnaissance – a avancé des prix de sa prestation à faire frémir la ménagère de 35 à 50 ans ! Ne parlons pas des duettistes du dôjô qui ont le tort aux yeux de Charles Villeneuve de former des coachs en utilisant la PNL. Là encore je n’accepte pas tout de l’approche de Bernard Hévin et Jane Turner mais de là à les faire passer pour des jobards il y a un gouffre ! Depuis plus de quinze ans ils forment des coachs qui exercent dans des centaines d’entreprises et d’organismes qui ne sont ni des philanthropes ni des naïfs.
Tout le reste de l’émission fût consacré à la dénonciation de la kinésiologie et d’un illuminé en utilisant la fameuse technique de la caméra cachée dont on peut se demander si elle signe une véritable rigueur journalistique. J’allais oublier également l’ouverture de l’émission sur l’assimilation d’un coach parlant de développement personnel à un télé-évangéliste, comme si d’ailleurs les télé-évangélistes étaient tous des arnaqueurs ! Généralisation et amalgame.
Cela me procure la transition vers l’une des méthodes préférées des manipulateurs et donc de Charles Villeneuve: l’amalgame.
Ainsi nous avons donc eu hier soir un parfait exemple de cette technique : on mêlait le coaching de développement personnel, le coaching en entreprise, la PNL, les avis d’un psychologue renfrogné manifestement peu au courant de ce qu’il dénonçait, la kinésiologie, une jolie neurologue délicieusement confite dans ses savoirs, un intermède incontournable en ce moment chez un coach conseil en cœurs solitaires, un hurluberlu qui fait de la retape dans le jardin des Tuileries, de sérieux députés chasseurs de sectes (au demeurant action très utile bien au-delà du monde du coaching) , bref des mondes adjacents c’est vrai mais que beaucoup de choses séparent radicalement.
Non heureusement le coaching n’a que bien peu à voir avec l’émission d’hier soir. Il est vrai qu’une moralisation est nécessaire dans ce milieu comme dans toutes les activités naissantes (ce fût et cela reste le cas d’Internet par exemple et pourtant quel apport à notre société !) et on ne le dira jamais assez, le coaching est une discipline en évolution, dont les racines sont millénaires mais dont les jeunes pousses doivent être taillées, peut-être émondées pour certaines d’entre elles. Cela n’empêche que rien ne justifie d’utiliser les méthodes critiquables qui ont été employées par la rédaction du « droit de savoir » pour n’instruire un procès qu’à charge, sans aucune place faite aux arguments à décharge.
Pis, ce genre d’émission touche, selon les mesures d’audience, un public peu averti et facilement manipulable, souvent ballotté par les difficultés de la vie et qui pourrait parfaitement bénéficier du coaching. C’est vraiment dommage de lui présenter une image biaisée d’une discipline qui pourrait l’aider à affronter plus sereinement ses problèmes.
Enfin donner « le droit de savoir » pour titre à une émission et se laisser aller à une telle manipulation de l’information qualifie ses promoteurs.
Un dernier mot. Il y a deux ou trois ans j’avais été contacté par une assistante de Jean-Luc Delarue qui voulait monter une émission sur le coaching. Lorsque je lui eu donné mon accord pour qu’elle vienne filmer une séance de coaching avec un client qui avait accepté (vraiment pour me faire plaisir !) le principe, elle m’a demandé de lui décrire l’intervention. Devant la simplicité de ce que je lui expliquais, elle m’a proposé de scénariser le tout, mettant un peu de drame dans tout ça pour ce soit plus excitant, plus « vendeur », on aurait même carrément changé l’histoire de mon client ! Inutile de préciser que ce projet n’a pas abouti, d’autres ont du mordre à l’hameçon trop contents de faire parler d’eux !
Mais c’est un autre sujet !

La faute du juge Burgaud

19/01/06@09:06 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

Je veux mettre mon grain de sel dans l’affaire qui inonde nos ondes et les pages de journaux.
Il s’agit des travaux de la commission parlementaire chargée d’étudier ce qui s’est passé lors du procès d’Outreau.
Outre l’effet caisse de résonance des medias et les biais créés par  » l’émotion provoquée « , je pense que l’on ne dira jamais assez combien, au delà des disfonctionnements liés à l’imperfection de l’institution, la responsabilité personnelle du juge Burgaud est en cause (et peut-être de nombreux autres acteurs de cette désolante affaire).
Sa responsabilité personnelle mais pas dans l’acceptation civile dans laquelle on en parle aujourd’hui. En effet il ne s’agit pas vraiment de savoir s’il doit payer des dommages et à qui mais plutôt de constater qu’il a eu des comportements gravement inappropriés parce qu’il a réglé des comptes avec sa volonté de puissance, ou son impuissance, avec son estime ou sa mésestime de lui, ses peurs à lui, sa vision du monde, bref tout ce qui chez lui a contribué à la mise en place de ces comportements. Je ne le crois pas idiot ou incompétent en matière juridique même si mille et une « fautes professionnelles  » lui sont imputées légitimement. Certes au vu de son attitude actuelle on pourrait penser qu’il n’a rien appris de ce désastre et s’en lamenter et donc le condamner encore plus sévérement. Je l’avoue il y a quelque chose en moi qui me fait souhaiter qu’on lui rabaisse le caquet. Mais justement ce « quelque chose en moi  » est condamnable car il me conduirait à me comporter aussi désastreusement qu’il semble s’être comporté.
Et surtout cela ne resoudrait rien du problème tel qu’il est posé.
L’institution judiciaire doit peut-être (sûrement) être réformée car toute institution doit être vivante et donc se réformer, s’adapter mais cette réforme doit en l’occurence porter surtout sur la prévention des disfonctionnements psychologiques ( et là je ne parle pas des pathologies mais de ce qui nous pousse vous et moi chaque jour à agir de manière inappropriée) de ses membres. Aucune institution n’est dans un tel cas imune des disfonctionnements des hommes qui la compose. (voir l’Eglise!)
Alors préoccupons-nous de former les gens à la compréhension de leur propre mode de fonctionnement. C’est vrai pour la Justice, la Police, le Fisc, l’ensemble des Institutions de l’Etat, c’est dramatiquement vrai aussi pour toute autre activité humaine; l’entreprise en particulier où les dommages causés par les managers psycho-insuffisants sont souvent aussi graves de conséquences humaines et financières désastreuses que le gâchis d’Outreau. Combien de destins individuels ou collectifs ruinés dans le silence et l’ombre d’un cheffaillon, combien de vies gachées par des comportements abérrants dans le cadre professionnel?
Alors que l’on choisisse n’importe quelle méthode, n’importe quel rythme, mais de grâce que l’on inscrive dans le cursus de formation obligatoire minimum (collège, lycée) l’apprentissage des fondamentaux de la psychologie; que l’on apprenne à tout le monde à lire ou même seulement à ânonner l’explication du comportement des autres et de soi. Que l’on exige des futurs magistrats qu’ils sachent aussi bien décoder les rudiments du fonctionnement de l’être humain que le droit. A l’école de la magistrature cela devrait être une matière centrale ayant autant de valeur dans l’obtention du diplôme que le droit lui-même. Mais ce n’est pas assez et cela doit impérativement s’accompagner, au moins pour tous ceux qui sont le plus exposé, d’un système de « référent », comme c’est le cas dans toutes les professions psy.
Je suis coach et j’ai des « référents » qui savent me dire que dans tel cas je fais une projection ou que je suis rentré dans un processus de transfert, ou que je suis dans le jugement (personnel), ou que j’écoute mais n’entends pas… On ne me dit pas si j’ai bien ou mal appliqué la méthode x ou y de questionnement mais si j’ai bien été neutre, si le projet de mon client n’est pas en train de devenir indûment le mien, enfin bref tout ce qui ressortit de mon propre comportement… Je n’ai effectivement pas tant besoin de mécaniciens, que de quelqu’un capable de me dire si je suis en état de conduire.
Ce n’est pas me dévaloriser, je ne prends pas mes « référents » pour des maîtres mais pour les miroirs indispensables à ma lucidité, à mon efficacité et surtout à la protection de mes clients.
Je me tiens à la disposition du Garde des Sceaux! Une telle réforme serait probablement moins coûteuse que celle(s) qu’il va entreprendre.
Et que l’on ne me dise pas que la collégialité règlera le problème car s’il s’agit de mettre plusieurs personnes de la même culture sur le même chantier on a toutes les chances d’obtenir plus du même résultat!

   
     
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