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Ambition et succès

07/10/05@06:01 - Claude-Christian - General - 1 commentaire

On me pose la question de savoir si l’ambition est la recherche du succès et, en corollaire, si le succès est le moteur de l’ambition.
Face à cette question dont il faudrait peut-être analyser en profondeur ce qu’elle sous-tend, ce qu’en l’occurrence je ne peux pas faire, livrons-nous à une petite analyse.
Que signifient ces termes ?

L’ambition c’est le désir d’atteindre le pouvoir, la gloire, la réussite sociale, la reconnaissance… autant de termes au passage qui posent, chacun pour son compte, une question de représentation personnelle de ce qu’ils désignent. On posera donc le dénominateur commun que l’ambition est un désir d’accomplissement dans un ou plusieurs domaines qui seraient valorisant aux yeux d’une personne. Le dictionnaire nous dit que l’ambition est une aspiration, une volonté marquée.

Qu’est donc un succès ? Là encore faisons appel au dictionnaire. Il nous dit que c’est l’issue heureuse d’une entreprise.
On pourrait donc conclure qu’il y a une certaine logique à prétendre que la sanction naturelle d’une ambition est qu’une issue heureuse soit réservée à la poursuite de son désir. En effet, par l’absurde, on voit mal qu’un ambitieux se satisfasse de n’importe quelle issue à son aspiration, à son désir et en particulier une issue malheureuse. Cela revient donc à poser que l’on est fondé à penser qu’effectivement être ambitieux conduit bien à rechercher le succès de ses entreprises.
En revanche doit-on du coup prétendre que le succès est le moteur de l’ambition ?
Rappelons qu’un moteur est une force qui imprime un mouvement.
Littéralement je ne crois pas que le succès soit le moteur de l’ambition, même si comme on le verra un peu plus bas il existe un lien entre les deux. Le succès est l’éventuelle sanction de l’ambition ; et sans en être l’effet puisque l’ambition ne détermine pas nécessairement le succès (les ambitions déçues), il n’en est pas davantage la cause.

Le moteur de l’ambition me semble se situer dans ce qui génère l’ambition elle-même. S’agissant d’un désir – une tendance qui a pris conscience d’elle-même, selon Spinoza – , c’est dans la conscience que l’on en a que se situe l’énergie qui va générer un mouvement. C’est la force avec laquelle on va tenter d’assouvir ce désir qui génère l’énergie. Le succès sera-t-il au bout ? Rien n’est moins sûr. Du reste il suffit de constater que les ambitions ne sont pas toujours couronnées de succès. De façon adjacente pourrait-on alors poser que l’ambition n’a pas besoin du succès pour exister, je crois que oui car elle lui est antérieure. Et l’on peut être ambitieux sans avoir du succès, de la même manière que l’on peut avoir du succès sans être ambitieux.
Sortons un peu des raisonnements et voyons ce qui se passe dans la vie de tous les jours. Nous y côtoyons des ambitieux. Ce terme est souvent coloré de péjoration car il évoque le plus souvent des désirs illégitimes, ce qui est un jugement dont on ferait mieux de se garder puisque dans de nombreux autres cas qualifier quelqu’un d’ambitieux est au contraire un compliment ! En tous cas l’ambition n’est qu’une expression plus ou moins précise de l’affirmation d’un objectif et à ce titre parfaitement légitime. S’il y a péjoration c’est souvent parce que l’on attribue à l’ambitieux l’intention éventuelle d’employer des moyens répréhensibles pour atteindre ses objectifs, ce qui est l’exemple typique du procès d’intention. Les projections et la jalousie se nichent partout !
Le succès des entreprises de l’ambitieux reste le résultat des actions qu’il pose pour réaliser son ambition. Et non le contraire. En revanche on peut parfaitement admettre que fort de ses succès quelqu’un se fixe des objectifs plus exigeants, plus « ambitieux » alors le succès sera un révélateur de ses désirs-là. C’est probablement ce que l’on sous-entend lorsque l’on donne au mot ambition le sens d’une qualité.
En coaching, connecter quelqu’un à ses ambitions ( »la version la plus grandiose de soi ») est un formidable moteur d’action. Ce n’est pas suffisant pour obtenir des succès (je ne crois pas au « je veux donc je peux », une stratégie et un plan d’actions entre autres sont indispensables) mais c’est un grand pas de franchi !

De la pratique des théories

01/10/05@08:27 - Claude-Christian - General - 2 commentaires

A trop connaître la méthode on en oublie son but.
La fréquentation de mon milieu professionnel m’amène à une constatation un peu iconoclaste à première vue : fruit de l’expérience, la pratique mécaniste des formules et autres process en usage dans cette profession, peut conduire à des résultats qui peuvent s’avérer dangereux pour les praticiens eux-mêmes lorsqu’ils se les appliquent mais surtout pour le client lorsqu’ils lui sont suggérés comme il est tentant de le faire pour accélérer sa sortie d’une situation douloureuse.
Un exemple :
Il est courant d’avoir à traiter des situations dans lesquelles un deuil est à faire : perte d’un être cher, d’une situation professionnelle, échec d’un projet… Le professionnel expérimenté va immédiatement dégainer son process des phases du deuil version Elisabeth Kübler-Ross : la négation ou déni, puis la colère et son acolyte dans la circonstance : la culpabilité, suivie du marchandage qui laissera la place à la tristesse avant que ne s’installe l’acceptation.
Comme il connaît par cœur ce process le professionnel va avoir une (fâcheuse, de mon point de vue) tendance à passer au plus vite à la dernière étape, avec le sentiment diffus que puisqu’il sait que c’est ainsi que se dérouleront les événements autant se débarrasser des étapes les plus pénibles rapidement, et réfléchir d’emblée à ce que l’on va faire, le process accompli.
L’esquive des apprentissages.
Cela me semble une grave erreur car ce n’est pas tant le résultat du process qui compte que son déroulement et les acquis, les apprentissages, de chacune de ses phases. À zapper ces étapes on passe en toute bonne conscience à côté d’enseignements essentiels et surtout de phases d’analyse capitales. « Je n’ai pas réussi telle ou telle action que j’avais entreprise, pas de problème je m’autorise un petit coup de déni (mais non ce n’est pas un échec), une bonne colère contre l’événement et/ou ses causes (c’est la faute à Voltaire), un peu mais pas trop de comment aurais-je pu éviter cela (ah si je n’avais pas …), puis une couche de tristesse plus ou moins épaisse( et qu’est-ce que je deviens dans tout ça ? Hein ?) ; et hop !J’accepte et je passe à autre chose. (Ouf ! Je ne vais quand même pas me laisser abattre par cette adversité !). Il est déjà temps que je passe à autre chose ».
La perte de lucidité.
Ce productivisme dans l’accompagnement me dérange un peu pour ne pas dire beaucoup. Il me semble non seulement discréditer certains professionnels qui passent alors au mieux pour des stakhanovistes de la réussite et du positivisme obligatoires, au pire pour des prétentieux, mais surtout faire prendre à tous le risque presque certain de la confusion et de la perte de lucidité dans la compréhension de la situation.
Avoir l’humilité de chercher à comprendre ce que l’on croit savoir déjà.
Laissons vraiment le temps au temps. Ne brûlons pas les étapes au motif que l’on connaît le point d’arrivée. Donnons-nous les moyens de comprendre ce qui se passe vraiment. Par exemple dans le cas du deuil : qu’ai-je vraiment perdu ? Un être cher ou ma relation à lui, est-ce vraiment sa mort que je ne peux accepter ou ma solitude à présent ? Ou les deux à la fois ? Qu’est-ce qui me met en colère ? L’injustice que je ressens dans sa disparition prématurée ou le fait que je vais maintenant devoir vivre sans lui et m’assumer dans cette nouvelle situation ? Etc.
Ces questionnements apparemment naturels doivent être vécus, ressentis, tournés et retournés avant d’être considérés comme répondus. Car le plus souvent les réponses utiles sont tout sauf les évidentes. Un train en cache souvent un autre !

Alors soyons humbles avec nos connaissances théoriques, ne sautons pas les leçons déjà connues par cœur, elles ont tant à nous apprendre !Tâchons de redécouvrir à chaque fois les étapes des process que nous croyons connaître si bien, pour nous et nos clients. Bien sûr cela s’applique à l’ensemble des process utilisés dans l’accompagnement, pas seulement au deuil.

Le trop plein d’émotions

01/10/05@11:12 - Claude-Christian - General - Aucun commentaire

Certes ce n’est pas moi qui vais critiquer la généralisation de la prise en compte du facteur émotionnel dans la compréhension des comportements humains et son utilisation. Soyons clairs, je tiens ce mouvement pour majeur dans nos sociétés et je crois même que nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la prise de conscience de l’impact des émotions sur l’ensemble de nos comportements et de la mise en place d’outils appropriés.
Mais je suis inquiet des manipulations conscientes ou inconscientes de mes contemporains par les « émotions provoquées ». J’entends par « émotions provoquées » celles qui sont déclenchées par la présentation d’un fait plus que par le fait lui-même. L’exemple le plus évident est la médiatisation d’un événement et le vecteur le plus criant (c’est le cas de le dire!) en la matière est la télévision; bien entendu ce n’est pas le seul et toute communication est potentiellement un vecteur d’ « émotion provoquée ».
Les drames plus ou moins récents des incendies dans les locaux insalubres à Paris, du tsunami, des ouragans dans le Sud des USA, peuvent nous servir d’exemples. Leur relation par l’ensemble des médias a déclenché des émotions dans l’opinion qui se sont traduites chez chacun d’entre nous par des réactions correspondant à notre propre gestion individuelle de nos émotions, plus ou moins sophistiquée, plus ou moins consciente.
Souvenons-nous que la gestion des émotions est un processus qui comporte plusieurs étapes qui passent par la reconnaissance de l’émotion (Suis-je en colère? Suis-je triste? Suis-je honteux? Cela me fait-il peur?) puis par l’interprétation de ce signal ( Pourquoi, qu’est-ce qui en moi fait que je suis en colère, ou que je suis triste, ou encore honteux , ou que j’ai peur? …) pour ensuite « utiliser » l’émotion dans la construction, l’adaptation de mon comportement face à l’événement déclencheur.
Or très souvent la communication de l’événement par l’informateur contient en elle-même les ingrédients qui vont déclencher chez l’individu telle émotion plutôt que telle autre, au-delà de l’émotion qui aurait été déclenchée par le fait brut lui-même. C’est une des règles fondamentales de la communication et son exploitation – encore une fois pour ne pas lancer d’accusation- consciente ou pas, fait le succès des « grands communicateurs ». Ne croyez-vous pas que le ton bien spécial de PPDA ne soit pas en lui-même un déclencheur de certaines émotions plutôt que d’autres? Point n’est besoin d’ailleurs d’être PPDA ou Claire Chazal pour en jouer: nous avons tous expérimenté le ton de la dramatisation pour pièger un ami en lui annonçant une bonne nouvelle.
Eh bien mon inquiétude est de voir se propager excessivement ce phénomène dans la vie courante et qu’ainsi se trouble la capacité de mes contemporains à gérer correctement leurs émotions et qu’en conséquence on pollue les saines réactions des individus par une sorte d’uniformisation de la réaction « émotionnelle provoquée » d’une population. Phénomène vieux comme le monde, c’est vrai mais dont je trouve qu’il s’amplifie dangeureusement en raison de l’hypertrophie du monde de la communication.
Un exemple criant de détournement de ce type nous est fourni par le conflit des marins de la SNCM.
La situation brute est claire: il faut redresser l’exploitation d’une entreprise en déconfiture parce que confisquée par ses employés à leur seul profit (peu importe que l’on analyse si oui ou non cette confiscation est légitime de leur point de vue, ou bien que la gestion de l’entreprise aie été mauvaise, là n’est pas la question pour décrire la situation). Et que nous présente t-on? Les victimes des actions des revendications de ces marins, les salariés qui prédisent un futur cataclysmique, un gouvernement qui a peur des conséquences de son incurie passée, bref on « dramatise », ce qui, entre parenthèse, arrange bien les intérêts de marins de la SNCM. Alors évidemment on déclenche des émotions spécifiques qui « disent quelque chose » à ceux qui les ressentent. Mais les émotions auraient vraisemblablement été différentes et en tout cas auraient « dit tout autre chose » si on avait présenté – dans les mêmes formes et en même temps, ce point est évidemment essentiel – les faits suivants: 1,2 milliards d’euros engloutis depuis quelques années en pure perte dans l’entreprise, un nombre d’employés pléthorique (deux fois plus que dans l’entreprsie concurrente qui procure un service objectivement meilleur et en tout cas plébiscité par ses usagers dont justement les marins de la SNCM prétendent défendre les intérêts), un blocage des communications avec la Corse dont la desserte régulière et sûre est la raison d’exister de la SNCM….
Un autre exemple: le tsunami et les conséquences de Katrina sur la Louisiane . Point n’est besoin de revenir sur le traitement informatif de ces tragédies, mais on constatera que les réactions de compassion, les élans de solidarité, les prises de conscience sur l’incurie des autorités vis à vis des victimes, … n’ont pas été – et de loin – semblables. Bien sûr le nombre de victimes est objectivement sans commune mesure dans un cas et dans l’autre, mais les drames en sont également humains.
Cela m’amène à conclure qu’il est grand temps de nous instruire le plus largement possible sur les fondamentaux de la gestion des émotions afin de contrer ces manipulations – encore une fois conscientes ou non – de l’opinion par les « émotions provoquées » qui lui font perdre toute chance d’élever son niveau de lucidité sur les événements et contribuent à l’enlisement des situations problématiques plutôt qu’à leur résolution.
Trop d’émotion tue l’émotion.

   
     
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