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De la pratique des théories

01/10/05@08:27 - Claude-Christian - General - 2 commentaires

A trop connaître la méthode on en oublie son but.
La fréquentation de mon milieu professionnel m’amène à une constatation un peu iconoclaste à première vue : fruit de l’expérience, la pratique mécaniste des formules et autres process en usage dans cette profession, peut conduire à des résultats qui peuvent s’avérer dangereux pour les praticiens eux-mêmes lorsqu’ils se les appliquent mais surtout pour le client lorsqu’ils lui sont suggérés comme il est tentant de le faire pour accélérer sa sortie d’une situation douloureuse.
Un exemple :
Il est courant d’avoir à traiter des situations dans lesquelles un deuil est à faire : perte d’un être cher, d’une situation professionnelle, échec d’un projet… Le professionnel expérimenté va immédiatement dégainer son process des phases du deuil version Elisabeth Kübler-Ross : la négation ou déni, puis la colère et son acolyte dans la circonstance : la culpabilité, suivie du marchandage qui laissera la place à la tristesse avant que ne s’installe l’acceptation.
Comme il connaît par cœur ce process le professionnel va avoir une (fâcheuse, de mon point de vue) tendance à passer au plus vite à la dernière étape, avec le sentiment diffus que puisqu’il sait que c’est ainsi que se dérouleront les événements autant se débarrasser des étapes les plus pénibles rapidement, et réfléchir d’emblée à ce que l’on va faire, le process accompli.
L’esquive des apprentissages.
Cela me semble une grave erreur car ce n’est pas tant le résultat du process qui compte que son déroulement et les acquis, les apprentissages, de chacune de ses phases. À zapper ces étapes on passe en toute bonne conscience à côté d’enseignements essentiels et surtout de phases d’analyse capitales. « Je n’ai pas réussi telle ou telle action que j’avais entreprise, pas de problème je m’autorise un petit coup de déni (mais non ce n’est pas un échec), une bonne colère contre l’événement et/ou ses causes (c’est la faute à Voltaire), un peu mais pas trop de comment aurais-je pu éviter cela (ah si je n’avais pas …), puis une couche de tristesse plus ou moins épaisse( et qu’est-ce que je deviens dans tout ça ? Hein ?) ; et hop !J’accepte et je passe à autre chose. (Ouf ! Je ne vais quand même pas me laisser abattre par cette adversité !). Il est déjà temps que je passe à autre chose ».
La perte de lucidité.
Ce productivisme dans l’accompagnement me dérange un peu pour ne pas dire beaucoup. Il me semble non seulement discréditer certains professionnels qui passent alors au mieux pour des stakhanovistes de la réussite et du positivisme obligatoires, au pire pour des prétentieux, mais surtout faire prendre à tous le risque presque certain de la confusion et de la perte de lucidité dans la compréhension de la situation.
Avoir l’humilité de chercher à comprendre ce que l’on croit savoir déjà.
Laissons vraiment le temps au temps. Ne brûlons pas les étapes au motif que l’on connaît le point d’arrivée. Donnons-nous les moyens de comprendre ce qui se passe vraiment. Par exemple dans le cas du deuil : qu’ai-je vraiment perdu ? Un être cher ou ma relation à lui, est-ce vraiment sa mort que je ne peux accepter ou ma solitude à présent ? Ou les deux à la fois ? Qu’est-ce qui me met en colère ? L’injustice que je ressens dans sa disparition prématurée ou le fait que je vais maintenant devoir vivre sans lui et m’assumer dans cette nouvelle situation ? Etc.
Ces questionnements apparemment naturels doivent être vécus, ressentis, tournés et retournés avant d’être considérés comme répondus. Car le plus souvent les réponses utiles sont tout sauf les évidentes. Un train en cache souvent un autre !

Alors soyons humbles avec nos connaissances théoriques, ne sautons pas les leçons déjà connues par cœur, elles ont tant à nous apprendre !Tâchons de redécouvrir à chaque fois les étapes des process que nous croyons connaître si bien, pour nous et nos clients. Bien sûr cela s’applique à l’ensemble des process utilisés dans l’accompagnement, pas seulement au deuil.

2 commentaires à “De la pratique des théories”

  1. Très très bien vu! et ça mieux en le disant et redisant!

  2. Un deuxième commentaire si vous le permettez:1. qui peut se targuer d’accompagner qui que ce soit par la seule maîtrise de la technique de la connaissance? Le savoir n’accompagne pas, il martelle des savoirs, me semble-t-il 2.on oublie trop souvent, et particulièrement dans le coaching, qui s’est construit sur l’efficacité et la performance, que le temps est un allié. Il m’est toujours apparu absurde que l’on puisse fixer à 3 mois, 6 au plus, la durée d’un accompagnement. Vous avez raison, cette vitesse perpétuelle est un empêcheur de tourner en rond! et dans le cas que vous traitez la meilleure façon d’être vraiment à l’écoute de soi.

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