Embouteillages estivaux
J’hésite vraiment à écrire sur un marronnier et pourtant je crois que c’est salubre de le faire.
Mon métier et mes choix de vie m’amènent à conduire plus de 3.000 kms chaque mois dans les quatre coins de la France à des dates pas forcément conseillées par Bison Fûté; ce qui explique la raison de ce post.
Je conduis depuis 40 ans et j’ai donc vécu toute l’évolution des problèmes de circulation, en particulier la naissance des 2X2 voies, des autoroutes et l’avénement de la limitation de la vitesse.
Dois-je préciser que je n’ai eu qu’un accident ayant entraîné des blessures graves pour l’une de mes passagères il y a trente cinq ans et qu’il fût la conséquence à la fois de mon inexpérience, d’une soirée trop arrosée et d’une portion de route à l’entretien discutable. Je sais que ma passagère a bien surmonté sa blessure. Depuis j’ai bien dû faire au moins trente fois le tour de la Terre sans pépin notable et le plus souvent en roulant “à ma main” sans tenir compte des limitations de vitesse mais en respectant à la lettre quelques règles de base:
Or je constate que parmi les recommandations serinées à longueur d’antenne les jours de grands départs (et presqu’exclusivement ces jours-là!) l’accent n’est mis que sur le respect des vitesses autorisées et la fréquentation assidue des aires de repos. Mais que de timides recommandation sur le positionnement sur la route, sur l’anticipation des manoeuvres des autres conducteurs, sur le maintien d’un rythme de conduite adapté à la situation et à ses propres capacités d’attention.
J’entendais l’autre jour à la radio un savant discours d’un contrôleur de trafic qui expliquait le processus conduisant à la formation des bouchons. C’était très intéressant mais totalement partiel pour ne pas dire partial. Il expliquait que les bouchons se formaient à cause d’une certaine “onde de choc” qui à la suite d’un ralentissement se propagerait vers l’arrière en s’amplifiant aboutissant à un arrêt complet du trafic. Bravo! c’est bien ce que je constate! Sauf que l’intérêt est de savoir pourquoi le ralentissement initial se produit et tenter de réduire les situations où se ralentissement se produit.
Qui n’a pas remarqué que les jours de fort trafic correspondent par ailleurs à l’augmentation du nombre de conducteurs occassionnels sur grands trajets? Or il y a loin du conducteur qui fait tous les jours cinquante kilomètres pour se rendre à son travail et en revenir à celui qui roule quatre à cinq cents kilomètres ou plus chaque semaine pour relier Lyon à Bordeaux, Rennes au Havre, Muhouse à Grenoble, etc.) .
Ainsi on observe que ces jours-là , le trafic se fait par paquets. Ayez le courage de doubler tout un paquet qui roule à 100 km/h (il vous faudra ruser je l’admets, mais c’est tout à fait possible sans risquer sa vie) et vous verrez que s’ouvre devant vous une dizaine de kms de trafic fluide, avant de rencontrer un autre paquet.
Le plus souvent ces paquets sont occasionnés par le dépassement d’un véhicule particulièrement lent, camion, caravane, camping-car, conducteur novice, peureux ou distrait. Ces dépassements basculent tout le monde sur la file de gauche qui du coup ne roule pas guère plus vite que le véhicule dépassé. Mieux , comme on attend le dernier moment pour dépasser on s’infiltre en dépit du bon sens et de la distance à respecter entre les véhicules causant ainsi le …fameux ralentissement dont on a vu plus haut les conséquences. Pour rajouter au problème, celui qui dépasse dans ces conditions ne va pas se rabattre immédiatement et bien au contraire restera collé sur cette file juqu’à ce que l’envie lui prenne de rejoindre la voie du milieu où il s’installera jusqu’à la fin de son voyage. C’est pour cette raison qu’il est plus avantageux de circuler sur la file de droite et dépasser sans vergogne lorsque nécessaire, ce qui est une manoeuvre dangereuse et réprimandée théoriquement.
Alors plutôt que de décider de baisser encore la vitesse autorisée (à 110 et même 90 km/h) comme l’ont décidé les gestionnaires d’autoroute les jours de fort trafic, ne ferait-on pas mieux de promouvoir une conduite plus fluide et plus responsable? Ne ferait-on pas mieux d’éduquer les conducteurs à rouler systématiquement sur la file de droite et à n’emprunter celle du milieu que pour dépasser en laissant celle de gauche pour évacuer les dépassements excédentaires. Certes on m’objectera que les petits malins ou les gros cons resteront sur cette file de gauche au prétexte que leur (puissante?) voiture oubien leur ego hypertrophié les met en situation de dépassement excédentaire constante. Eh bien c’est ceux-là que l’ont devra réprimer le plus sévèrement au motif qu’ils ne roulent pas à droite comme c’est la règle. Bien sûr le contrôle de ce comportement global est plus difficile à faire que celui de la vitesse alors….
Alors il faut éduquer, rendre “à la mode” ce comportement, motiver les conducteurs positivement au lieu de les infantiliser par des menaces comme c’est le cas maintenant.
Sortons de la facilité qui conduit à ne réguler que la vitesse: on peut en effet raisonner par l’absurde et proposer une limite de vitesse zéro qui éliminera effectivement radicalement le problème de la circulation!
Je ne suis pas un partisan d’une libéralisation totale de la vitese sur autoroute mais je crois que 130 km/h est déjà bien bas et on le constate les jours de trafic normal où la vitesse moyenne des autos est plutôt de 145 km/h: je suis affirmatif car je roule avec un régulateur de vitesse et je me cale à cette vitesse or je suis souvent dépassé et en tout cas dans le rythme du trafic. Je prétend que l’on impute aux excès de vitesse plus d’accidents qu’ils n’en génèrent effectivement sans être conjugués à d’autres facteurs comme le non-respect des règles énoncées plus haut et bien d’autres causes.
Les grandes instances chargées d’améliorer la sécurité routière comme La Prévention Routière ou même le Ministère des Transports (dont le dossier de presse ne fait même pas mention précisement du comportement dans le trafic comme si personne n’allait devoir dépasser!) ) ne me semblent pas avoir bien compris comment on génère des changements de comportements durables et qui font la différence: elles font dans le tout répressif, utilisent la menace et suscitent la peur. Ce sont trois méthodes qui infantilisent au lieu de responsabiliser. Si elles souhaitent que l’on réfléchisse ensemble qu’elles n’hésitent pas : je suis à leur disposition!



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