[VSM coaching]
     

Libérez-vous de Libération

03/05/05@07:05 - Claude-Christian - Humeurs -

Tout occupé que je suis à goûter le plaisir de l’écriture, j’ai - paradoxalement- délaissé un peu mon blog et la lecture attentive des journaux.
Un article tout à fait tendance de Libé m’a ainsi échappé. Mais d’autres veillent au grain et c’est tant mieux.
Je vous livre donc une réaction particulièrement pertinente et agréable à lire qu’une collègue suisse m’a envoyée en désespoir de la faire parvenir à l’inénarrable Roger-Pol Droit qui en est le destinataire putatif. Si un lecteur connaît une adresse e-mail pour ce philosophe fourvoyé dans le sensationnel à bon compte qu’il n’hésite pas à nous la communiquer.
Donc voici le texte de Martine Corthésy:

Qui a piqué la mouche du coach ?

Réponse à l’article « La mouche du coach »
Libération du 30 avril 05
par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts

Le cynisme, la dérision, l’ironie et tous leurs comparses jumeaux ou germains forment à eux tous un art aussi jubilatoire qu’hilarant. Lorsque j’ai lu l’article « La mouche du coach » dans Libération, j’ai beaucoup ri. Parfois ce fut teinté d’une couleur jaunâtre, parfois j’ai été jusqu’à en profiter pour faire voir mes amygdales à mes voisins de table. Puis un goût amer est venu envahir mes papilles gustatives. Manque de goût ? Certes pas. Ce très bon article a juste omis de considérer le sujet qu’il traite dans sa globalité. Quel dommage.

De qui se moque-t-on ? De la poule ou de l’œuf ? De la veuve ou de l’orphelin ? Des crétins ou des crédules ?

Et pourtant, l’intitulé de la page 30 porte son étendard de manière plutôt peu discrète : « télévision ». Oui, il s’agit en l’occurrence d’un article s’attaquant au coachingtélévisuelmisàtouteslessaucesselonlamodedumoment. Celui-là de coaching, celui-là et non un autre. Mais le lecteur l’oubliera vite, il l’oubliera trop vite… hélas. Nous sommes en plein procès – la défense n’a pas été conviée – de ce qu’est au jour d’aujourd’hui devenu le « coaching ». Effectivement, (citation) la tendance coach bat son plein. Certains diront que « peu importe la manière dont on parle de quelque chose, tant qu’on en parle ». Cela se défend, mais il ne faudrait pas abuser tout de même ! Le coaching qui fait si bien vendre des émissions terrifiantes, des magazines ringards – et même Libération – n’a rien à voir avec ce qu’est le « vrai » coaching. Il fallait bien que quelqu’un le dise étant donné qu’apparemment les journalistes modernes n’ont plus le cœur à essayer de savoir de quoi ils parlent, et qu’ils se gargarisent avec leurs brillants articles pondus à l’issue de quelques minutes de visionnage spécial M6.

Même les philosophes en perdent leur grec, et pour cause ! Il faudra renvoyer Monsieur Roger-Pol Droit à la lecture de Platon s’il a réussi à dire que le succès du coaching « repose sur une démission de sa propre existence ». Le coaching EST pure philosophie à laquelle on a ajouté le principe d’action : basé sur la maïeutique de Socrate, il vise à « accoucher des idées », à rendre conscient des possibilités et des aptitudes intrinsèques quoi qu’ignorées ou méconnues, à activer des potentiels, à ouvrir le champ des possibles après avoir repris le pouvoir qu’on pouvait donner à des peurs ou des croyances (dites « limitantes » dans le jargon du coaching). Mais par quel miracle allez-vous me dire ? Loin d’être un miracle, il s’agit de méthode(s). Pour synthétiser : question – reformulation – action. Un coach professionnel, formé en tant que tel (et par une institution digne de ce nom) est une sorte de double temporaire de quelqu’un lui permettant d’avoir suffisamment de recul et d’objectivité pour être à même de s’écouter et même mieux, de s’entendre. Le coach est un prétexte que quelqu’un va s’offrir pour faire les choses, comme on a l’habitude de toujours se trouver des prétextes pour ne pas faire les choses. Un coach ne donne jamais aucun conseil, aucune directive, aucune restriction et surtout, il n’a aucune raison ni aucun avantage à juger son coaché. Personne ne peut trouver meilleure solution à un problème (dans son sens mathématique, nous ne sommes pas là en séance de thérapie) que la personne qui le détient.

Qui n’a pas eu envie un jour ou l’autre de réaliser certains rêves, de concrétiser certains projets, de sortir d’un fonctionnement devenu tellement habituel qu’il ne peut plus s’en extraire alors même que celui-ci est clairement erroné ? Et qui ne s’est pas trouvé à ce moment-là solides prétextes pour ne pas s’y mettre, du genre « je n’ai pas le temps », « je le ferai quand j’aurai d’abord fait ça », « je n’y arriverai jamais », « je ne sais pas comment faire », j’en passe, et des meilleurs ? Eh bien n’allez pas chercher de midi à quatorze heures braves gens, le coaching sert à ça. Il sert une cause : la votre. Celle que vous désirez, celle dont vous rêvez, celle que vous voulez réaliser. C’est un leurre de croire que nous pouvons tout faire tout seul, et encore plus de s’abriter derrière le fait que profiter du soutien de quelqu’un est un signe de faiblesse. Au contraire, savoir s’allier de gens compétents pour atteindre un objectif n’est-il pas la marque de fabrique de toute personne qui réussit ? Verriez-vous Schuhmacher sortir de sa voiture pour changer les pneus sur son stand au milieu d’une course ? Avez-vous déjà songé à vous opérer vous-même d’une appendicite seul sur votre canapé ? A chacun son métier, sa place, son utilité ! Un coach est une (bonne) excuse pour faire ce qu’autrement nous ne nous donnerions pas la peine de faire, c’est aussi simple que ça. Et si se donner les moyens de faire ce que nous avons envie de faire – avec le plaisir en plus – est un principe naze, c’est alors que nous n’accordons pas grande valeur à notre propre existence.

Voilà de quoi il en retourne, même s’il ne s’agit là que des prémices d’une analyse qui aurait pu s’éterniser ad eternum – vous devez le savoir, quand la passion s’exprime, elle ne tarit jamais.

Merci pour avoir écrit un article aussi partial, pour avoir dénoncé l’abus sous-jacent que les médias cultivent pourtant allégrement, pour avoir utilisé un champ lexical digne d’un laïus sur Hitler : le coaching qui y est décrit est la parfaite antithèse de ce qu’il est vraiment (cela dit il devrait y avoir une loi contre les surfeurs de pacotille opportunistes et dangereux des plages les plus en vue du moment sur lesquelles ils sévissent sans vergogne).

Une seule question se pose alors : comment différencier l’extraordinaire métier qu’est le coaching d’une espèce de panade psycho-mélodramatico-dictatoriale hyper fashion et très télévisuelle ? Je propose de commencer par appeler un psy « psy », une Super Nanny « nounou », des relookeurs chirurgicaux « monstres vénaux dénaturés », des tornades blanches à la Javel « concierges de luxe ». Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Si le petit écran est (citation) un grand dictateur, c’est qu’il a des partisans. Les journalistes ont-ils vraiment l’envie profonde d’être comptés parmi eux ?

Expérience faite, lorsqu’un coach jubile, c’est que son coaché a atteint ses objectifs et qu’il n’a par conséquent plus besoin de lui : grisé par son indépendance et sa liberté, son client s’est réapproprié les rennes de sa vie et a compris qu’ « il faut cultiver son jardin » (Voltaire).
Martine Corthésy

Je n’ai rien à rajouter si ce n’est mon approbation.
Merci chère consoeur, ces colonnes vous sont ouvertes!
Certes je vais finir par me faire targuer d’acharnement contre Roger-Pol Droit et contre Libé (pour ceux qui suivent un peu mes autres blogs) mais c’est le cadeau caché des blogs que de susciter des contrepouvoirs à la presse qui s’auto-érige en magistère de la pensée et aux penseurs professionnels qui tentent d’imposer leur “penser correct”.

1 commentaire à “Libérez-vous de Libération”

  1. Fort intéressant! Peut-être un peu outré dans votre propos, à mon sens, mais j’apporte mon soutien total à ce qui est écrit par Martine Corthézy.
    Je viens de passer 3 jours avec l’un des plus grand coachs du monde: Anthony Robbins. Partie avec quelques réticences (pas fana des grands messes), j’en reviens décoiffée!!!! Et cet homme, capable de faire bouger en profondeur 8000 personnes à la fois, en travaillant sur les ojectifs, les croyances, la maîtrise, les émotions, est quasiment interdit de séjour en France. Pourquoi? Parce que, prônant la puissance personnelle, l’auto-dtermination,la responsabilité individuelle, le libre-arbitre et permettant de façon spectaculaire à son auditoire de libérer son potentiel intérieur, il est considéré comme gourou d’une secte!!! Nos institutions, nos medias, voire nos religions, tiennent tant au pouvoir qu’elles ont de nous manipuler! Etre leader, dit A.Robbins, c’est d’abord être maître de ses choix et en prendre les moyens. Pourquoi l’auto-détermination, le libre-arbitre font-il si peur???
    Mes enfants -18 et 16ans- sont-ils manipulés parce qu’ils ressortent de ces trois jours plus confiants, plus conscients de leur potentiel, plus déterminés à réaliser leurs rêves, et même plus capables d’en avoir? Joyeux, pleins d’amour, et constructifs?
    Qui proposera à Mr Droit de venir se faire coacher? Mr Droit, et si nous passions du discours à l’action? Mr Droit, c’est quand vous voulez.
    Cela dit, je persiste et signe: “Les chiens aboient, la caravane passe”

   
     
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